15 février 2010

Battlin' Jack Murdock : Drame sur le Ring

Le célèbre Daredevil laisse la place, le temps d'une mini-série, à son boxeur de père dans Battlin' Jack Murdock.

Jack Murdock est un raté. Un alcoolique qui a raccroché les gants et fait une croix sur sa carrière de boxeur. Sa femme l'a quitté, il élève seul son fils, Matt. Pour gagner sa vie, il travaille pour la mafia comme encaisseur. Parce que cogner, c'est tout ce qu'il sait faire.
Un jour pourtant, il en a assez. Le regard effrayé d'une petite fille qui l'a surpris en train de tabasser son père a été le déclic. Il arrête l'alcool et remonte sur le ring. Les combats s'enchaînent, les victoires également, jusqu'au mythique Madison Square Garden et son championnat du monde des poids lourds. Malheureusement, Jack apprend que la plupart de ses combats étaient truqués. S'il veut survivre et empocher un paquet de fric au passage, il devra se coucher à la quatrième reprise.
Pour Battlin' Jack commence le match de sa vie. Une rencontre où il peut perdre la vie mais regagner son honneur...

Voici un nouveau tome de la série Daredevil dans la collection 100% Marvel. Il ne s'agit pas de la suite de l'on-going par Brubaker mais d'une mini-série en quatre épisodes. Le scénario est de Zeb Wells (Civil War : Young Avengers & Runaways, Amazing Spider-Man, Dark Reign : Elekra, Venom : Dark Origin), les dessins sont de Carmine Di Giandomenico.
Tout le monde ou presque connaît les grandes lignes du passé de Jack Murdock mais les auteurs vont ici développer le personnage et combler quelques blancs. Le récit est dur et se déroule en quatre parties dédiées à la fois aux quatre rounds du fameux combat mais aussi à quelques flashbacks fort intéressants. L'on comprend notamment beaucoup mieux pourquoi il est si difficile pour Jack de perdre volontairement un combat qui lui semble jouable puisqu'un parallèle est fait entre cette victoire qui aurait dû lui revenir et la femme avec qui il aurait pu finir ses jours. Jack est un personnage tragique et très attachant. Fier, courageux, il a aussi ses failles morales et ses faiblesses qui le hantent. Heureusement, être un type bien ne veut pas dire n'avoir aucun défaut. Jack saura jusqu'où aller pour ne pas se perdre et entrer dans la légende.

Bien entendu, Matt est également présent. On retrouve les différentes étapes bien connues de son début de carrière, que ce soit l'accident, ses études de droit, son entraînement une fois ses pouvoirs acquis. Par contre, tout cela n'est qu'évoqué et présenté du point de vue de son père. Visuellement, le résultat est plutôt sympa également, Giandomenico réussissant surtout à dessiner des visages expressifs, ravagés par les coups ou la peine.
L'on peut noter diverses références aux thèmes présents dans le mythe Daredevil. La fameuse croix, que l'on retrouvera souvent par la suite, ou encore de petits détails comme les motifs d'un tapis qui rappellent curieusement ceux des vitraux d'une église, lieu hautement symbolique pour le protecteur de Hell's Kitchen, ne serait-ce que pour l'allusion à la mort de Karen Page (cf ce Deluxe).
Signalons aussi une magnifique pleine page montrant la première rencontre, poignante, entre la brute au grand coeur et son fils. Le type à genoux, le tapis, le bébé recouvert d'un simple linge, l'éclairage, là encore la symbolique est très forte et mystique. D'une manière générale, on notera la profonde maîtrise des procédés narratifs, ce qui donne un récit à la fois simple mais d'une grande efficacité.

Une histoire émouvante et bien menée, qui met en scène un brave type plus qu'un super-héros.