01 septembre 2010

Batman : Year One

Un classique est au menu du jour puisque Batman : Year One vient d'être réédité dans la collection DC Icons. On passe en revue l'histoire et les nombreux bonus qui l'accompagnent.

Bruce Wayne, après de nombreuses années d'exil, est de retour à Gotham. Il est l'héritier d'une immense fortune, mais ce n'est pas le milieu des affaires qui le préoccupe. Bruce s'intéresse au monde de la nuit et de la crasse. Au sang qui macule les trottoirs. Aux innocents qui hurlent sans que personne ne leur vienne en aide.
Il faut bien se rendre à l'évidence, le coeur de Gotham est noir. Gangrénée par une criminalité galopante et une corruption quasiment généralisée, la ville mérite sa réputation interlope.
Loin des journalistes avides de sensationnel, un autre homme débarque dans la cité pourrissante. Il s'agit du lieutenant James Gordon. Il est inquiet. Sa femme est enceinte et il se dit que ce n'est pas réellement l'endroit rêvé pour élever un enfant. Pourtant, lui aussi va se dresser contre les trafics, les pots-de-vin et les méthodes discutables de ses collègues.
Ils sont deux contre des milliers. Ils n'ont aucun pouvoirs si ce n'est celui de rester debout lorsque les autres s'agenouillent... c'est leur première année dans l'enfer de Gotham.

Dans la deuxième moitié des années 80, DC Comics lance une vaste opération de modernisation de ses figures emblématiques. En ce qui concerne Batman, pas de grande révolution. Le personnage fonctionne parfaitement et il s'agit simplement d'étoffer un peu ses origines, de rendre son histoire plus complexe, plus profonde. Deux hommes vont s'en charger : Frank Miller (cf 300, Daredevil, Eisner-Miller ou encore ce petit essai sur l'auteur), au scénario et David Mazzucchelli au dessin (un duo que l'on a déjà évoqué à l'occasion de la réédition de Born Again).
C'est donc cette saga, en quatre épisodes, qui est proposée par Panini dans une édition plutôt bien fournie. Le récit est assez sombre et dévoile les premiers pas du Dark Knight tout en suivant parallèlement la difficile intégration d'un Gordon qui finit par voler la vedette au justicier. L'histoire a plus de vingt ans mais se lit encore très bien, avec juste ce qu'il faut de rétro et une narration terriblement efficace. Graphiquement, là encore, l'on tombe vite sous le charme d'un style qui joue sur les contrastes, les ombres et qui s'avère particulièrement habile. Certaines scènes ont l'impact d'un coup de poing ou se révèlent particulièrement expressives malgré une économie de moyens totalement voulue. Même la colorisation, de Richmond Lewis, est soignée et évite le côté criard de la plupart des titres de l'époque.
Au final, l'on arrive (trop) vite au bout ce cette lecture que l'on aurait souhaitée plus longue.

Pour une fois, Panini n'a pas lésiné sur les suppléments. C'est assez drôle d'ailleurs, car alors que l'éditeur se vante souvent de bonus inexistants (cf ce Deluxe par exemple), cette fois, alors qu'il aurait pu communiquer sur cet aspect, pas un seul mot n'y est consacré sur la quatrième de couverture. Quand on est doué, c'est pour la vie...
Mais voyons un peu en quoi consiste ce matériel supplémentaire. L'on commence par une introduction de Denny O'Neil qui resitue un peu le contexte et la volonté éditoriale de l'époque. L'on trouve également un petit mot de Miller et surtout une postface dessinée de Mazzucchelli. L'artiste a d'ailleurs fourni quelques-uns de ses travaux, dont sa première planche, qui date de 1966 (c'est un dessin d'enfant évidemment, mais c'est assez amusant de constater l'évolution et le chemin parcouru). Ce n'est pas fini, l'on trouve encore, en vrac, des dessins promotionnels, les covers de différentes éditions, quelques croquis d'étude sur Batman à partir de portraits de... Gregory Peck (!), quelques reproductions des pages du scénario et des premiers crayonnés, des comparaisons entre planches encrées et colorisées (issues de versions imprimées sur papier journal), bref, une quarantaine de pages en tout, qui constitue une vraie valeur ajoutée.
En ce qui concerne la traduction, elle est globalement de bonne qualité, sauf pour un détail. A deux reprises, Khaled Tadil emploie le terme de GIGN pour qualifier une unité de la police. Déjà, l'on se demande bien ce que la gendarmerie française vient faire dans Gotham. Aux Etats-Unis, l'équivalent de ce corps d'élite est plutôt le SWAT. Mais, surtout, les hommes de Branden sont qualifiés, dans ce récit, de "tueurs psychopathes" et sont même comparés à la... Gestapo ! La référence, en plus d'être incongrue, en devient donc insultante, les membres du GIGN - ou du RAID - étant évidemment tout sauf des cinglés sanguinaires ou des bouchers. Un choix de traduction donc maladroit, au minimum.

Une histoire efficace et accessible, dans une édition soignée et abordable.
Même Panini ne peut pas se tromper tout le temps.