29 avril 2015

Batman - Les Nouvelles Aventures

Passage en revue aujourd'hui du premier tome de Batman - Les Nouvelles Aventures, publié dans la collection Urban Kids.

Comme le nom de la collection l'indique, ce recueil (qui s'avère plutôt épais : 250 pages) est destiné en priorité aux jeunes lecteurs. Néanmoins, cette série inspirée par le dessin animé Batman des années 90 s'avère tout à fait compatible avec un lectorat plus âgé [1].
Surtout, Urban Comics fait encore preuve de sérieux et de rigueur en ce qui concerne l'adaptation et le contenu rédactionnel.

En effet, lorsque l'éditeur s'adresse aux "kids", il n'en demeure pas moins exigeant. Outre la VF irréprochable, l'on a droit à une présentation de Batman et de ses origines, à un historique détaillé sur la série animée à l'origine du comic, à un topo sur Gotham et à des fiches de personnage très complètes, détaillant les pouvoirs ou encore la première apparition de chaque protagoniste.
De plus, certains termes, qui pourraient être inconnus des jeunes lecteurs, sont parfois expliqués dans la BD par des notes de bas de page. C'est le cas de mots d'argot, comme "guimbarde", ou encore de références plus pointues, comme James Cook ou les Moaï de l'île de Pâques. Le souci pédagogique est aussi évident que louable.

Venons-en maintenant à la série en elle-même. Elle est écrite par Ty Templeton et Dan Slott (Amazing Spider-Man, Superior Spider-Man). Les dessins sont assurés par Rick Burchett et le même Templeton. 
Graphiquement, le style est cartoony, parfois un peu simple mais non dénué de charme. 
Le récit est quant à lui adapté au lectorat visé mais conserve tout de même un aspect sombre. Bien que l'humour soit présent et que l'action ne soit pas, dans sa représentation au moins, très violente, certains éléments (comme la mort de certains personnages, même si elle n'est qu'évoquée, ou certaines situations émotionnellement fortes) contribuent à ne pas verser dans l'angélisme naïf et à conserver une dimension quelque peu dramatique. 

L'ouvrage se divise en deux grandes sagas (La Société des Ombres et La Société des Faux Visages), elles-mêmes divisées en chapitres qui contiennent deux épisodes : le premier fait progresser la trame principale alors que le second, plus court, approfondit un thème ou un personnage (on apprend par exemple comment un ancien flic, devenu détective privé, a perdu son emploi dans la police, ou encore comment Bruce Wayne a eu l'idée de prendre le rôle du criminel Malone pour infiltrer la pègre). 
Niveau guests et ennemis, l'on retrouve Robin, Gordon, Batgirl, le Joker, Ra's Al Ghul, le Pingouin, le Sphinx ou encore Phantasm. Un casting classique mais efficace.

Même si la série ne peut pas rivaliser avec des productions plus adultes (ce qui n'est pas le but de toute façon), elle possède des qualités indéniables. Certaines scènes sont visuellement et narrativement très réussies, comme lorsque Batgirl "décroche" d'une échelle en tentant de rattraper un criminel tombant dans le vide. La petite séance chez le psy, pendant l'épisode final, mettant en scène un très habile jeu d'association d'idées dévoilant les réelles pensées de Batman avant la réponse de Bruce Wayne, est également savoureuse et dévoile une conclusion poignante et mature. 

Au final, ces aventures se révèlent accessibles et ont le mérite de ne pas prendre les enfants pour des imbéciles.
Sous la douceur des planches se cache une souffrance qui, en affleurant parfois sans jamais heurter vraiment, donne à ce comic un véritable parfum d'enfance, fait de magie, de sourires mais aussi de menaces métaphoriques élégantes.
Et puis, alors que l'on a terrorisé nos gamins pendant des siècles avec des contes peuplés d'ogres, de sorcières et de parents indignes qui abandonnent leurs mioches dans la forêt, ce n'est pas la faune interlope du Dark Knight qui risque de les traumatiser. Ou pas beaucoup plus disons.

Idéal pour découvrir le justicier de Gotham. 
Vivement conseillé.

+ accessible
+ style graphique agréable
+ casting de choix
+ quelques scènes plus "adultes" que l'on ne pourrait le croire
+ richesse du contenu rédactionnel


[1] C'est d'ailleurs souvent le cas des séries estampillées "kids", comme Spider-Man loves Mary Jane chez Marvel. Le Spider-Man Poche, plutôt lui aussi axé sur les enfants, a par exemple accueilli l'excellent début de la première série Ultimate Spider-Man. L'on peut noter aussi la plus récente collection Panini Kids, au contenu aseptisé mais honnête, ou encore Sentinel, une série publiée en Mini-Monster et qui n'a pas franchement rencontré de succès malgré des qualités évidentes. Enfin Bone, sous un aspect enfantin, véhicule une réelle noirceur et des thèmes franchement adultes.




20 avril 2015

Marvel Now : New Avengers

Sortie du premier tome librairie de New Avengers (v.3), prophétiquement intitulé Tout meurt

La pluie de "numéro #1" liée à Marvel Now continue avec cette fois une nouvelle série Avengers écrite par Jonathan Hickman et dessinée par Steve Epting
Le récit se concentre en fait sur le fameux groupe des Illuminati, créé par Bendis. Alors qu'à l'époque Black Panther avait décliné l'invitation et refusé d'en faire partie, il est cette fois à l'origine de la convocation de ses membres (Black Bolt, Dr Strange, Reed Richards, Tony Stark, Namor et même Captain America) qui vont devoir faire face à une menace concernant l'ensemble du multivers.

Le problème avec Hickman, sans doute l'auteur le plus surestimé du moment [1], c'est que l'on sait maintenant d'avance ce qu'il va faire, ou plutôt ce qu'il va rater.
Intrigues parfois incompréhensibles (que certains qualifient magnanimement de "complexes"), personnages totalement interchangeables et à la psychologie défaillante (cf. Avengers ou Red Wing), dialogues répétitifs... Au style Hickman s'ajoute cette fois un gros sentiment de déjà-vu lié aux ingrédients qui composent cette histoire : le pseudo-dilemme moral des Illuminati, la menace cosmique, le Gant de l'Infini, Cap en père-la-morale, bref, rien de neuf dans la Maison des Idées (épuisées).

Quelques points positifs tout de même. L'aspect métaphysique, concernant les univers parallèles, est assez intéressant. Même l'aspect scientifique est quelque peu documenté [2], bizarrement plus en tout cas que le récent Nowhere Men qui mettait pourtant soi-disant la science au cœur du récit.
Graphiquement, c'est très agréable à l'œil, le travail d'Epting étant parfaitement mis en valeur par la magnifique colorisation de Frank D'Armata.
La VF est de qualité et l'intro de Panini permet aux nouveaux lecteurs de faire un minimum connaissance avec les Illuminati. C'est très loin d'être superflu étant donné les références aux sagas passées, même si là encore l'on aurait souhaité un topo sur chaque membre des Illuminati.

Malheureusement, c'est un peu faible pour contrebalancer les faiblesses flagrantes d'un scénario poussif et manquant cruellement d'audace. Même si l'on pourrait encore passer sur l'action insipide ou les dialogues maladroits [3], c'est surtout le manque d'âme, d'émotion et de profondeur qui plombe tout, un peu comme si la plume d'Hickman était aussi morte et desséchée que la Terre parallèle qu'il met si péniblement en scène... finalement "tout meurt", même l"intérêt des plus passionnés pour une maison Marvel qui est en roue libre depuis déjà trop longtemps.

Très pénible à lire.
Pas mieux écrit qu'une série AB sauf que là, il n'y a même pas l'humour involontaire.

+ dessins et colorisation
+ un petit (mais louable) effort de documentation de la part de l'auteur
- intrigue convenue et ennuyeuse
- dialogues fades et mal fichus
- personnages lisses, sans personnalités ni émotions





[1] Et très employé par Marvel, ce sera notamment l'un des auteurs aux commandes du remake de Secret Wars.
[2] Il est notamment ici question des sphères de Dyson. Une telle sphère est une hypothétique et gigantesque sphère creuse, emprisonnant une étoile pour en capter le rayonnement à des fins énergétiques. A la base, le physicien Freeman Dyson exposait l'idée d'une recherche de rayonnements infrarouges artificiels dans l'espace afin de prouver l'existence d'éventuelles traces de vie extraterrestre. Il suggérait donc, plutôt que de rechercher une "intelligence", de rechercher une activité industrielle massive.
Il est à noter que la science a ici emprunté un concept à la fiction puisque, selon son propre aveu, les sphères de Dyson devraient en réalité s'appeler "sphères de Stapledon". Olaf Stapledon est un romancier connu pour sa saga SF Les Derniers et les Premiers, publiée en 1930. Ce roman était très largement précurseur en matière de concepts aujourd'hui courants, comme la terraformation ou le génie génétique.
[3] En gros, pendant 120 planches, c'est du "on doit le faire", "non, on ne peut pas", "on est bien obligé", "je te dis que non", "il faut qu'on en discute"... on a déjà vu même des tickets de caisse plus inspirés.

17 avril 2015

Nowhere Men

"Un destin pire que la mort", et une science rock n'roll, c'est ce que semble promettre le premier tome de Nowhere Men, sorti il y a deux jours chez Delcourt.

Dans un futur proche, les scientifiques ont remplacé les anciennes stars dans les journaux people. Les avancées technologiques ont permis de grandes avancées dans certains domaines, notamment médicaux.
Et le progrès est encore en marche sous la forme d'une expérience se déroulant dans un laboratoire où une douzaine de spécialistes ont été regroupés pour participer à un projet ultra-secret. Mais lorsque ces derniers tombent malades et finissent par s'échapper en se téléportant, tout semble hors de contrôle...

Ce premier volume, bien épais et en provenance d'Image Comics, est signé Eric Stephenson en ce qui concerne le scénario. Les dessins sont l'œuvre de Nate Bellegarde
Au départ, le sujet peut éveiller la curiosité. Ces quatre scientifiques, devenus les "Beatles" de la science, semblent prometteurs et leur présentation, sous forme de questionnaires, de coupures de presse ou d'extraits de livres, ne manque pas d'intérêt, du moins dans un premier temps. Malheureusement, plus l'on avance dans le récit, plus l'on est plongé dans la perplexité quant à son but et sa cohérence.

La personnalité des personnages (très nombreux, aux quatre scientifiques précités il faut encore ajouter douze "cobayes" et quelques autres protagonistes secondaires) est très peu creusée, l'aspect éthique est à peine évoqué (de manière assez convenue en plus), les technologies - dont la plupart ne sont qu'à peine mentionnées - sont loin de faire rêver ou impressionner, et pour bien alourdir le tout, la narration qui se veut complexe n'est en fait que confuse.
Et pourtant, certaines scènes sont impressionnantes. Les transformations par exemple sont parfois choquantes et instillent un véritable malaise dont l'auteur aurait pu se servir s'il n'avait pas été occupé à nous entrainer dans un salmigondis d'intrigues soporifiques sur les luttes internes de l'entreprise World Corp ou dans des délires psychédéliques sur les "niveaux de perception".

Au final, un assemblage d'éléments disparates qui ne sont jamais approfondis et ne tiennent pas debout. Ce sont surtout la thématique scientifique (qui n'est soutenue par rien d'un peu vraisemblable ou intrigant) et la description des bouleversements sociaux (carrément absente) qui souffrent le plus de cette histoire aussi longue qu'ennuyeuse. 
Si Stephenson voulait évoquer autre chose que le sujet principal qu'il met en avant, on se demande à quoi lui sert tout ce décor artificiel et creux. Et s'il s'agit simplement de nous montrer des mutants, on a déjà vu plus réussi dans le genre.

Il ne suffit pas de blinder une BD d'extraits d'ouvrages fictifs ou de fausses coupures de presse pour créer un background crédible. Il manque à Nowhere Men non seulement du fond mais le talent d'un véritable conteur.

Prétentieux et vain.

+ graphiquement correct
+ l'impact émotionnel de certaines "transformations"
- aucune réflexion si ce n'est des poncifs éculés et maladroits
- une narration lourde et décousue
- la thématique principale, laissée en jachère





The Dark Knight : à l'origine du mythe


En 1986, Frank Miller se charge de réécrire l'histoire du Caped Crusader à sa façon. Assisté par Klaus Janson à l'encrage et Lynn Varley aux couleurs, il redorera non seulement le blason du super-héros le plus emblématique de DC, mais établira des fondements durables sur lesquels les nouvelles séries consacrées à Batman, en comic books, à la télévision et au cinéma, n'en finissent plus de s'appuyer : il est désormais de bon ton de revendiquer l'œuvre de Miller comme référence, quand bien même on n'en tirerait pas la quintessence (voir les films de Nolan). L'ouvrage, devenu culte, a été plusieurs fois réédité, et il en existe en France plusieurs versions, dont une intégrale chez Delcourt.

L'histoire se déroule dix ans après la dernière apparition du héros. Bruce Wayne établit un constat amer : Gotham a irrémédiablement sombré dans la décadence, et la racaille règne sur les bas-fonds d’une cité en proie à la peur. Gordon n’est plus désormais qu’un policier désabusé et, cerise sur le gâteau, le Joker refait parler de lui. Il est temps pour Batman de revenir, et sa croisade personnelle, impitoyable et féroce, fera parler de lui jusque dans les hautes sphères de la Présidence, au point que le Justicier de l’ombre soit déclaré gênant. Mais qui pourra, ou osera, l’éliminer ?





Relire The Dark Knight est une expérience fascinante, parfois éprouvante : à chaque âge, notre attitude de lecteur changera - mais l'impact sera toujours aussi puissant. C'est avec ce titre que j'ai redécouvert Batman, que je connaissais dans des comics mais qui avait été rapidement supplanté dans mon cœur par toute une génération de héros marveliens plus fascinants sans être aussi charismatiques (quoique...). L'écriture brutale et intuitive et un dessin sobre, épuré, sans concession, presque archaïque, détonnaient face aux productions Marvel de l'époque et le scénario, sombre, d'une maturité exemplaire, prenait aux tripes et vous explosait en pleine face, sans vous laisser de répit. Amer, et terrible. 




Cette relecture, après toutes ces années pendant lesquelles Marvel et DC traversèrent des périodes fastes et moins intéressantes, est révélatrice d'un constat permanent : il ne suffit pas de demander à des artistes de faire du beau avec de beaux outils graphiques sur des histoires transparentes et banales. Les productions Wildstorm/Image et, dans une moindre mesure, l’aventure Heroes Reborn, axaient tout sur le graphisme : des désillusions qui ont fini, plusieurs années après, par me lasser de séries jolies à regarder, mais d'une vacuité terrible, se bornant à répéter des schémas éculés, voire à ne rien raconter du tout. Même les jeunes lecteurs, en adoration au début, ont vite déchanté, attendant davantage des scénaristes : ça n'a pas eu l'heur de leur faire changer d'avis, vu que ces maisons qui nous vendaient du rêve ne cherchent plus qu'à faire de l'événementiel sans impact sur la production courante (pour vous en convaincre, lisez les différents billets de Neault sur les crossovers).  DC et Marvel communiquent davantage qu'ils ne créent et se battent pour s'attirer les faveurs d'artistes qu'ils musellent par un cahier des charges bien trop lourd, ne leur laissant plus le loisir d'oser. Or, il suffit bien souvent, et simplement, d'oser, et d'avoir un minimum de talent. Le Frank Miller de cette époque a su conjuguer ces deux atouts, c'est indéniable. Cela dit, il faut admettre que the Dark Knight n'est pas directement accessible pour un ado : ce qui est retracé véhicule tant d'informations diverses et de références culturelles qu'il ne peut être appréhendé qu'avec un minimum d'expérience.  



The Dark Knight n'a pas "mal" vieilli ; au contraire, les événements récents (comme les nombreux actes de terrorisme qui instillent la peur au cœur même des métropoles occidentales) redonnent au récit l'aspect du neuf. L'insécurité et le mal-être qui règnent à Gotham City sont le quotidien de toute grande métropole actuelle. Je ne vais pas raconter l'histoire mais j'ai envie de dire à quel point j'ai été surpris de découvrir certaines approches qui m'avaient échappées à l'époque, comme le traitement du jeune partenaire de Batman ou celui de "l'Autre Super-héros DC" : on peut dire que des séries plus récentes comme Captain America s’en sont certainement inspirées (relation quasi névrosée entre Bat et Robin comme entre Cap et Bucky ; fidélité sans faille envers le drapeau US, au point d'y perdre au passage certains principes moraux). 

Et comme dans Le Seigneur des Anneaux (le livre), le dernier volet, l'apothéose (ou l'Apocalypse ?) annoncée ne tient pas toutes ses promesses : ça va trop vite, il y a trop de choses à digérer. Néanmoins, l'acte final demeure grandiose et Batman en sort revêtu d'une aura nouvelle et indélébile.

14 avril 2015

Black-Out : Blitz, tome 1

Vous le savez sans doute si vous fréquentez plus ou moins assidûment ces lieux, UMAC a décidé d'ouvrir ses horizons à d'autres supports que le comic book ou la bande dessinée : il faut bien justifier les "Univers Multiples" vantés par le nom même du blog de sieur Neault.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un livre est traité ici, mais il est vrai qu'en dehors de Stephen King, les ouvrages de littérature sont relativement peu évoqués [1]. Or, si je lis nettement moins de romans qu'auparavant, je n'en ai pas pour autant abandonné mon terrain de chasse littéraire favori : la science-fiction.

Et il se trouve que des amis lecteurs m'ont fait découvrir Connie Willis.
Première surprise (et constat un peu amer, je dois l'avouer) : je n'avais que de très vagues références sur elle. Or, l'auteur gagne à être connu puisque, si elle n'est pas la femme de McClane, elle n'a pas moins remporté onze fois le prix Hugo [2] (et sept fois le prix Nebula [3]) ! C'est là qu'intervient le constat précité : mes références en matière de SF se sont arrêtées à Dan Simmons et j'ai cessé depuis quelques années d'explorer l'avenir en me contentant du glorieux passé des littératures de l'Imaginaire. J'ai pourtant essayé de me tenir un peu au courant de l'actualité du monde sciencefictionnesque (avec par exemple les sagas de space-opera grandiloquent de Peter F. Hamilton), mais Connie Willis était passée au travers de mes investigations littéraires.
Clair que je regrette à présent.
Les recherches menées sur l'écrivain(e) - qu'est-ce que ce mot est laid au féminin ! - m'amenèrent de surprise en surprise : ah bon ? Connie Willis est américaine ? Etonnant, car tout ce qui transparaît dans son œuvre semble terriblement britannique. Black-out, tout en traitant d'un de ses/mes thèmes de prédilection (le voyage dans le temps), est presque intégralement consacré à l'Angleterre et aux Anglais, dédié littéralement à ce peuple qui a su rester si digne pendant le Blitz (cette période de la Seconde Guerre mondiale succédant à la Bataille d'Angleterre et pendant laquelle Hitler envoyait régulièrement des bombardiers pilonner les grandes cités outre-Manche). Les personnages principaux sont des étudiants en Histoire à Oxford qui bénéficient d'une technologie leur permettant d'être projetés directement dans l'époque qu'ils étudient afin de l'observer in situ. Les périodes sélectionnées vont de la Débâcle à Dunkerque (1940) au V.E.Day (jour de la célébration de la Victoire en Europe le 8 mai 1945). Et le traitement de l'ensemble, extrêmement surprenant pour un vieux routier de la SF comme moi, est ponctué d'un humour particulier teinté de cynisme léger, profondément british. Le tout est abondamment documenté et on y sent une telle implication que j'ai, donc, longtemps cru que la dame était anglaise, souhaitant rendre un hommage à de possibles membres de la famille. L'hommage est bien là, mais la dame est native du Colorado.


Black-Out est surprenant, disais-je. Surprenant dans son écriture, très "moderne", dynamique et, surtout, vivante : on est très loin de la hard science d'un Hal Clement, voire d'un Arthur C. Clarke et vous n'aurez donc pas à supporter un quelconque technobabble ni de longues et profondes considérations pseudo-philosophiques. Connie Willis nous plonge sans artifice ni ambages directement dans le cœur de l'action avec un récit articulé autour de dialogues très vifs, scandés par des passages en voix intérieure. Un peu à l'instar d'un Asimov qui faisait évoluer le récit par les dialogues, l'auteure nous colle aux basques de ses protagonistes et nous fait vivre au plus près leurs inquiétudes, joies, peines, doutes et angoisses. 
Les chapitres sont relativement courts et nous déplacent dans le temps et l'espace afin qu'on se familiarise avec les personnages principaux. Ceux-ci ne nous sont jamais présentés, on finit par les découvrir par le biais de leurs discussions : ce sont des historiens d'Oxford, jeunes et ambitieux, plongés dans les remous de l'Histoire qu'ils sont chargés d'observer en les vivant de l'intérieur. L'une d'eux incarne une gouvernante dans un château mis à disposition par une lady (mission : rendre compte des déplacements d'enfants londoniens mis en sécurité à la campagne durant le Blitz - rappelez-vous les premières séquences de Narnia) ; une autre est une vendeuse de vêtements dans une boutique de Londres (mission : observer le quotidien des Londoniens durant le Blitz) ; un troisième est un journaliste américain dans le sud de l'Angleterre (mission : assister  au débarquement des réfugiés de Dunkerque). On passe le plus clair de notre temps de lecture auprès de ces trois-là, même si on croise d'autres personnages dont on devine qu'ils joueront un rôle dans le second tome (Colin, le jeune élève, dont on devine qu'il a déjà voyagé dans le temps sans permission - j'ai fini par découvrir que c'était le cadre d'un autre roman de l'auteur - et qui est follement amoureux d'une des historiennes ; Mary, une infirmière rattachée à un corps de jeunes auxiliaires féminines en 1944 ; ou encore cet opérateur radar contraint de gonfler de faux chars d'assaut pour tromper les observateurs nazis). 

Les péripéties sont nombreuses, souvent futiles et confèrent un tempo élevé au récit, même si on finit par constater que la trame principale avance lentement : évidemment, quelque chose dans cette organisation va finir par "clocher". Ces observateurs du futur sont censés ne jamais rester très longtemps, sont débarqués dans des points discrets pour éviter d'être repérés et ne doivent avoir qu'un impact minime sur la population (il leur est interdit d'effectuer des missions dans ce qu'ils nomment "points de divergence" et doivent connaître ainsi, par implantation mémorielle, un maximum d'éléments afin de ne pas être soupçonnés mais aussi pour ne pas risquer leur vie - leur chef de mission, un certain Dunworthy, est extrêmement pointilleux à ce sujet ; par exemple, la jeune fausse-vendeuse est informée des dates et des lieux de chaque bombardement sur Londres, l'infirmière connaît les horaires de chaque chute de V1, et ainsi de suite). 
Évidemment, lorsque l'un d'entre eux s'apprête à rentrer dans son temps et que le point de transfert ne fonctionne pas, on comprend quelle va être la tournure des événements : à la place de Perdus dans l'espace, on assistera à Perdus dans le temps. Mais encore une fois, ce qui étonne, c'est le traitement même : chacun des observateurs temporels confrontés à un dysfonctionnement réagira sans panique, procédant rationnellement en éliminant toutes les possibilités. On suit de fait la progression de leurs réflexions et hypothèses, certains étant plus pragmatiques que d'autres : quand l'une met d'abord en avant l'importance de survivre dans un environnement après tout hostile (c'est un pays en guerre, une bombe peut exploser n'importe quand), un autre préfère s'interroger sur les conséquences de ses actes. Et s'il avait changé le passé ? Le fait de monter dans tel bateau, de sauver tel individu aura-t-il un impact réel sur l'avenir ? 


Mais surtout : comment rentrer chez soi ? Impossible d'élaborer un quelconque plan visant à reconstruire une machine (le fameux "filet temporel") : on ne sait rien - et sans doute les historiens non plus - de la manière dont cela fonctionne. Une fois est brièvement évoquée l'invention du procédé, donc on laissera tomber la possibilité d'aller voir un génie dans sa jeunesse capable de concevoir un moyen de revenir : donc pas de De Lorean à l'horizon. En fait, un seul moyen existe : retrouver les collègues en mission dans une époque proche et utiliser leur propre point de transfert, tout en ignorant si les répercussions du problème sont plus importantes (pourquoi les équipes de récupération ne sont-elles pas intervenues ? La question les taraude mais il est essentiel pour eux de ne pas céder au désespoir).
Captivant, haletant, construit comme un feuilleton avec un happening à chaque fin de chapitre (parfois un peu grossier, c'est vrai), le roman nous tient en haleine sur le destin d'individus qu'on a appris à apprécier, notamment dans la manière dont ils ont géré les vicissitudes du quotidien d'un pays en état de guerre (la gouvernante en quarantaine avec une bande de gamins impossibles est aussi digne d'éloges que la vendeuse montant une pièce de Shakespeare avec un grand acteur de l'époque dans les couloirs du métro). Nul super-héros, nul survivant badass : uniquement des êtres humains avec la tête sur les épaules, n'ayant pour eux qu'une connaissance partielle des mois à venir. Et quand les événements qu'ils vivent commencent à dévier des faits qu'on leur a enseignés, alors oui, la panique guette.

En restant délibérément proche des protagonistes, Black-Out ressemble surtout à un roman d'aventures, voire un roman historique : le glossaire très riche et utile en fin de volume nous montre à quel point Connie Willis maîtrise son sujet (plutôt que de m'y laisser renvoyer à chaque mention, j'ai préféré le lire d'une traite comme un chapitre indépendant). Et c'est là que survient l'un des atouts de l'ouvrage : lorsque l'Histoire diverge, est-ce à cause d'un paradoxe ou d'une mauvaise connaissance des faits réels ? De grandes théories sont perceptibles en filigrane tout au long du récit, mais contrairement à ses glorieux aînés, l'auteur préfère s'accrocher à l'élément humain. Donc pas d'élucubrations sur la physique quantique et les réalités alternatives, pas de description outrancière d'une machine conçue par un cerveau illuminé, pas d'exposition présentant l'univers, le background des héros et les implications de leurs actes. Connie Willis met la SF à la portée des réfractaires à la SF et leur livre une histoire palpitante, teintée d'un humour bon enfant et pleine de malice.
Une excellente surprise.



[1] (note de Neault) On a tout de même récemment évoqué Orwell, Golding ou Dick, sans compter Koontz et quelques auteurs anglais. On pourrait encore citer Gone, Viral, Le Piège de Lovecraft, Fables : Peter et Max ou L'Ascension du Gouverneur dans les exemples de romans qui ne concernent pas King. ;o)
[2] Le prix Hugo, du nom d'Hugo Gernsback, fondateur d'Amazing Stories, est un prix décerné depuis 1953 par la World Science-Fiction Society lors d'une convention annuelle rassemblant plusieurs milliers de fans. Même s'ils ne jugent que les écrits en langue anglaise, ils en sont venus à récompenser parfois des œuvres de fantasy.
[3] Le prix Nebula est décerné depuis 1965 par les membres de la Science-Fiction & Fantasy Writers of America - et donc généralement considéré comme plus élitiste que le prix Hugo.

13 avril 2015

Le téléchargement illégal ou la destruction par l'avidité

La "fuite" de quatre épisodes de la nouvelle saison de Game of Thrones nous amène à aborder un sujet de fond qui touche tous les domaines artistiques : le téléchargement illégal.

Livres, BD, musique, films, séries TV, tous les domaines de la culture et du divertissement sont touchés par cette pratique en apparence anodine et pourtant, à plus ou moins long terme, destructrice. 
Destructrice non pas pour les grandes "majors" et les producteurs nantis et caricaturaux que certains imaginent, mais pour les œuvres que nous aimons... ou prétendons aimer.

Tout d'abord, évitons l'exagération. La méthode de calcul du milieu musical, qui consiste à estimer une perte en se reportant sur les morceaux téléchargés, est évidemment discutable. Un individu lambda télécharge bien plus que ce qu'il pourrait acheter. Et il arrive parfois que ces pertes soient compensées par des achats en double (notamment dans le domaine des DVD, avec des versions collector, bonus, etc.).
Malgré tout, la pratique reste massive et a forcément un impact sur ceux dont le métier consiste à vendre des récits, quelle que soit leur forme.

Il y a bien eu une tentative de législation répressive, mais dans les faits, aucun mouvement massif ne peut être contenu par la loi. Et ce n'est sans doute pas la meilleure approche de toute façon [1].
Tout ne peut pas toujours passer par l'éducation (ou par "l'éveil des consciences"), mais dans ce cas précis, c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. Faire comprendre que si l'on aime les livres, les films, la musique, les pirater - donc priver leurs auteurs d'une juste rémunération - conduira forcément à une disparition des œuvres de qualité (l'on peut imaginer que survivent certaines productions semi-amateurs).

Je prends souvent l'exemple du boulanger pour évoquer ce problème. Imaginons qu'un beau jour, l'on puisse "télécharger" les croissants et les baguettes. Combien de temps notre brave boulanger va-t-il travailler pour rien ? Parce que, évidemment, même s'il aime son métier, il a des factures à payer et se doit donc d'être rémunéré pour son travail. 
Le boulanger est cependant relativement à l'abri, pas seulement pour une question de technologie mais pour une question plus terre-à-terre. Pour voler un croissant, de nos jours, il faut être physiquement présent, prendre le risque de se faire prendre, voir en face les gens que l'on vole.

Ce qui fait le succès du téléchargement illégal, c'est bien évidemment son côté dématérialisé. 
C'est facile, ce n'est pratiquement jamais puni, on n'a même pas l'impression d'agir mal la plupart du temps. 
Pourtant, cela reste du vol. Un vol socialement admis, mais un vol quand même.

Si beaucoup ne se posent pas de questions, d'autres (et c'est pire encore) avancent parfois des justifications pour ce vol. 
Ainsi, par exemple, il s'agirait d'un "accès à la culture" pour les plus démunis. 
Belle idée, sauf que télécharger le dernier Avengers peut difficilement passer pour une volonté acharnée de se cultiver. La plupart des classiques sont libres de droits, donc gratuits, et les bibliothèques proposent des abonnements si bas qu'ils sont pratiquement symboliques. L'on peut donc, en France, se cultiver sans se ruiner. 
L'alibi culturel ne tient pas.

D'autres, pour certains domaines, avancent que les prix proposés sont trop élevés (ce qui n'est pas faux, surtout pour les romans numériques, cf. cet article). Moi, je trouve que le prix des bagnoles, même des Dacia, est trop élevé. Mais je ne les vole pas pour autant. On ne peut décemment pas décréter, quand un prix ne nous convient pas, que le bien se trouve du coup en "libre accès". 

Encore plus récemment, après les tragiques évènements ayant touché la rédaction de Charlie Hebdo, des gens, sans doute bien intentionnés au départ, ont pris sur eux de mettre en ligne des scans du numéro spécial - pendant quelques jours difficilement trouvable - qui a suivi.
J'ai fait remarquer à l'un de mes contacts sur le net que "voler" le travail des survivants de la rédaction n'était peut-être pas leur rendre un grand service (et que s'ils le désiraient, ils pouvaient être eux-mêmes à l'origine d'une telle initiative). Or, un hurluberlu (oui, j'aime bien ce mot) est venu me répondre qu'il ne fallait pas s'indigner parce que les ventes étaient énormes.
Mais, au nom du ciel, quel rapport ?
Cela reviendrait à dire que tous les prochains Spielberg ou Stephen King seront gratuits... ou que l'on peut aller se servir dans les belles villas... ou que l'on pouvait télécharger la saison 6 de Kaamelott si l'on avait déjà acheté les cinq premières...
Non, évidemment, ça ne tient pas non plus. Même si le boulanger vend bien, même s'il est riche, cela ne permet pas de le voler plus "sereinement".

Alors, je sais bien que c'est chiant d'attendre, de faire des choix, de ne pas avoir tout, tout de suite. Mais l'on patiente tous dans tous les autres domaines. En tout cas, la plupart d'entre-nous. On ne va pas braquer une boutique de fringues sous prétexte qu'une veste à 200 euros nous fait envie et que l'on n'a qu'un budget de 50.
Cette étrange avidité, impunie et hystérique, ne touche que le domaine artistique. Et ce domaine a beau bénéficier d'une aura plus brillante que celle de la boulangerie, il en suit la même logique : personne ne produira des croissants s'ils sont distribués gratuitement.

Venons-en maintenant à la partie que je ne comprends pas. Car, pour le moment, même si je condamne le téléchargement illégal, je le comprends. Ben oui, avoir un truc gratuit plutôt que de le payer, c'est forcément attirant. Et j'avoue avoir moi-même cédé à l'appel du download quand j'ai découvert que je pouvais avoir un single en vingt minutes seulement (ouais, ça fait longtemps, les connexions se sont améliorées depuis) !
Par contre, quid de celui qui détient le matériel original et le partage ?

Pour mettre quelque chose en téléchargement, il faut le posséder [2]. Donc, avoir acheté - ou reçu, nous y reviendrons - une œuvre. Prêter un film ou un CD à un pote, ok, mais quel est l'intérêt de se faire chier à scanner une BD, ou convertir un DVD, pour mettre ça à disposition de tous ?
Que gagne celui qui fait ça, à part mettre en danger un secteur que pourtant, visiblement, il apprécie ?

Pire encore, avec l'exemple que j'évoquais en introduction, certains professionnels peuvent parfois être à l'origine des fuites. Dans le cas de Game of Thrones, quatre épisodes ont été diffusés dans la sphère publique alors qu'ils étaient destinés à la presse. Difficile à comprendre [3]. Que peut avoir à gagner un professionnel en agissant ainsi ? Se faire black-lister ?
HBO sur le coup fait également preuve d'une naïveté étonnante. Pourquoi ne pas plutôt organiser une projection de presse ? Et pourquoi balancer quatre épisodes d'un coup, alors que la série est déjà très connue et n'a pas besoin d'un coup de pub ?
Si le voleur est condamnable, le volé peut parfois avoir l'air d'un ahuri déconnecté de la réalité.

Je vais terminer par le domaine qui me touche le plus, l'édition.
Il faut savoir que, contrairement à ce que l'on peut imaginer parfois, un auteur touche relativement peu sur un livre (environ 10% du prix du livre hors taxe [4], soit donc moins de 2 euros pour un roman vendu 20 euros). Et un livre, dans 90% des cas (cf. cet article), se vend très peu (moins de 1000 exemplaires pour la plupart).
Or, toucher pas beaucoup de pas grand-chose, au final, ça fait pas des masses. Et si en plus certains grignotent au passage, cela devient affolant. 
Bien évidemment l'auteur ne travaille pas "que" pour l'argent, il est attaché à son art, a envie de proposer quelque chose de bon, original, abouti, mais il a besoin d'être rémunéré pour son travail. D'autant que, contrairement à la plupart des professions, il n'est en réalité pas rémunéré en fonction de son travail mais seulement si son travail se vend. 

Les domaines de la BD, ou encore des "beaux livres", sont encore plus fragilisés, car de nombreux intervenants doivent être rémunérés avant la parution : traducteurs, correcteurs, maquettistes, coloristes, bien des professions, aux revenus aléatoires, sont invisibles pour l'œil du lecteur, même passionné. 
Il faut parfois improviser, rogner sur des budgets serrés, prendre des risques, négocier, pour au final sortir un livre dont on ne sait s'il rencontrera l'adhésion du public.
Ce risque, il est normal. Editeurs et auteurs l'acceptent volontiers.
Il est par contre anormal d'y ajouter des pratiques faciles, iniques et violentes qui privent l'auteur de son juste - et déjà maigre - revenu.

Il existe aujourd'hui de plus en plus de solutions pour payer, au moins un peu, ce que l'on écoute, regarde ou lit. Si vous êtes vraiment dans une merde noire et que vous faites un écart, personne ne vous en voudra. Mais pensez que pour chaque morceau de musique, chaque ligne d'un roman, chaque dessin d'une BD, chaque scène d'un film ou d'une série, il faut un type ou une nana derrière, et pas forcément toujours mieux loti que vous. 
Les auteurs ne font pas la manche, ils fournissent un travail qui embellit nos vies, nous permet de nous évader, de rire, de trembler, d'expérimenter, de nous instruire parfois. 
Respecter ce travail devrait être une évidence.
Ne pas en permettre le pillage éhonté semble le minimum.




[1] Comme souvent en France, l'on reste dans le symbolique, sans se préoccuper d'efficacité. La loi sur le port de la cagoule et les violences en bande était du même type : aucun flic n'a besoin de ça pour arrêter une personne qui fait déjà preuve de violence, mais comme la frilosité des élus empêche l'action de la police, on fait semblant de montrer les muscles par le biais d'un arsenal législatif totalement inutile. Dans une démocratie moderne, seule l'agitation et l'illusion comptent, les faits peuvent être niés et même apparaître comme secondaires puisque toute l'attention est monopolisée par de pseudo-polémiques sur des sujets secondaires.
[2] Je mets d'office à l'écart les screeners et autres merdes filmées au cinéma : qui a envie de voir un film trouble avec un son d'ambiance ?
[3] Surtout de nos jours où des bouquets, comme OCS, proposent les épisodes parfois 24h seulement après la diffusion aux Etats-Unis. Et pour un abonnement (une douzaine d'euros par mois pour quatre chaînes) relativement accessible. 
[4] Pour un roman, qui pourtant semble ne pas nécessiter beaucoup d'intervenants, il faut rémunérer également l'éditeur, l'imprimeur, les libraires, le diffuseur, le distributeur et... l'état.




11 avril 2015

Ladyboy VS Yakuzas – l’île du désespoir

Une bimbo balancée sur une île isolée est attendue par une horde de pervers en rut. Leur but : la violer pour s'en sortir quitte à s’entre-tuer. La jeune femme aux formes généreuses, dans une tenue légère, chaussée de talons aiguilles, doit à tout prix survivre le plus de temps possible... sous les caméras d'un richissime Yakuza qui n'a pas lésiné sur les moyens pour l'humilier. 
Ce jeu cruel, coûteux, n’est pas une énième émission de TV-réalité décadente, mais la vengeance trash d’un mafieux ! La poulette se trouve être un de ces anciens sous-fifres qui a trahi sa confiance. Transformé par son patron en femme, le voyou va en voir… de toutes les couleurs.

Ce qui pourrait être un concept graveleux de survival sexiste à destination de spectateurs téléphages s'avère être les représailles d'un homme bafoué qui n'a pas su plaire à son épouse ni à sa fille. Son jeune subordonné, qui avait pourtant de quoi réussir dans le milieu, a commis une faute grave ! Il a couché plusieurs fois en cachette avec les deux femmes. Kôzô Kamashima, un queutard pourvu d’un membre énorme, fornique avec tout ce qui possède un vagin. Lorsqu’il prend la parole, c’est pour étaler la bêtise crasse de son cerveau. Afin de savourer sa vengeance, se délecter de son humiliation, le vieil homme claque un fric monstre pour transformer le larbin en transsexuel, acheter une île et y séquestrer les 100 pires criminels sexuels nippons privés depuis des années d’une présence féminine.
Subissant le harcèlement quotidien qu'endurent certaines femmes, mais à la puissance 1000, le héros chasseur-tombeur se retrouve à la place de la proie. Une surprise de taille l'attend parmi les pourritures insulaires en slip : son propre père ! Les lubriques, quant à eux, ne sont pas au courant de la métamorphose corporelle de la jeune personne en question. Qu’importe, elle a des seins, de longs cheveux, des vêtements qui en dévoilent trop...

Premier volume d'une série de manga qui en compte déjà 4 au Japon, Ladyboy VS Yakuzas oublie la finesse. L'humour est graveleux, outrancier, les dessins de Toshifumi Sakurai faussement mal fichus. Les tronches des protagonistes, les situations en deviennent délectables. La narration est dynamique, sans temps mort ; le mangaka n’hésite pas à aller dans la surenchère. Le récit nie la notion de politiquement correct et aborde des sujets délicats : viols, pédophilie, sodomie… l’auteur ne se fixe aucune limite. Tout est assumé et voulu. Ce vrai faux survival démonte les clichés du genre. Son principe qui pourrait donner lieu à une émission de TV [1]  nous sert de belles tranches de rire gras, de parodie, mais nous propose aussi des personnages plus fouillés qu'on ne le pense avec une réelle intrigue. Cette vengeance hors de prix est malgré elle un juste retour de bâton pour le héros et on se prend au jeu. Utilisera-t-il la capacité de ces neurones pour tenter de s’en sortir ? Va-t-il coucher avec les vieux libidineux ? Prendra-t-il sa revanche sur le Yakuza ? À moins qu'il ne comprenne ce qu'il a fait endurer à certaines demoiselles...

Beaucoup d’interrogations, de rire, pour une série qui ne s’annonce pas trop longue, avec une très bonne adaptation graphique et des dialogues tordants. Ce manga n'est pas à mettre devant tous les yeux, surtout si ceux-ci ne manient pas l’humour au 36000e degré et se révèlent incapables de se creuser la cervelle pour y lire les véritables enjeux et sujets  profonds abordés. 


Ladyboy VS Yakuzas – l’île du désespoir, de Toshifumi Sakurai, Seinen 
Sorti dans la collection WTF !? des éditions Akata


Le pitch délirant et outrancier
La surenchère dans le politiquement incorrect
Une intrigue ficelée
+ Un rythme trépidant
L’adaptation graphique et la traduction


 [1] Les différents programmes de télé-réalités se livrent à une telle débauche de racolage qu'on n'est pas loin de la caricature Viol Island dans les Guignols de l’info avec le désanusseur de Montargis…

09 avril 2015

Hot Dog, Jumping Frog...

Une polémique molle de plus, sur la variant cover d'Albuquerque, nous pousse à nous interroger non seulement sur l'art mais le rapport à la foule et ses cris.

Alors, attention, l'image ci-contre est la cause de l'indignation, du choc, de la crise de chiasse aiguë qui a frappé la sphère internet, du moins la partie de la sphère la plus chaste et casse-couille. 
C'est ce Joker, proche d'une Batgirl terrorisée, qui pose apparemment problème. Au point que ce pauvre Rafael Albuquerque s'est excusé et a lui-même demandé à ce que son dessin ne soit pas utilisé, ce que DC Comics, dans son infinie sagesse, a accepté.

Pour situer un peu le contexte, l'artiste s'est inspiré de l'histoire d'Alan Moore, The Killing Joke, dans laquelle le Joker s'en prenait violemment à Barbara Gordon, causant même sa paraplégie. Certains pensent que Barbara aurait pu être également agressée sexuellement, bien que ce ne soit pas explicite dans le récit. Mais admettons.
C'est donc directement en référence à cet épisode émotionnellement lourd que ce même Joker est ici représenté aux côtés d'une Barbara visiblement terrorisée. Et pour cause. 

Apparemment, ce serait "misogyne"... ou pas vraiment dans la ligne de la série actuelle, c'est en tout cas ce qu'ont pu proclamer quelques internautes, certains sites allant même jusqu'à réclamer la suppression de la cover, ce qu'ils ont obtenu, Albuquerque expliquant qu'il n'était pas dans son intention de "blesser" qui que ce soit. Parce qu'apparemment, on peut être blessé par un dessin représentant des personnages imaginaires. Faut vraiment être très sensible, mais admettons-le encore une fois. 

Le Joker est censé être un "méchant", un criminel, un personnage épouvantable. Comment bâtir des histoires si les salauds sont censés être lisses et fades ? 
Que faut-il faire pour paraître "politiquement correct" de nos jours ? Effacer les traces de sang aux coins des lèvres du Dracula de Stoker ? Oublier la scène du cochon dans le Deliverance de Boorman ? Empêcher le viol de la psy dans The Sopranos ? Faire d'Hannibal Lecter un végétarien ? Et pourquoi pas aussi conseiller de ne pas utiliser de couleurs "trop violentes", comme certains ont pu naguère le réclamer à propos des comics ? 
Mais qu'est-ce que c'est que ce monde catastrophique dans lequel même la fiction est tordue selon des règles à la con, psalmodiées par des foules hystériques ?

Certains ont même eu l'audace de reprocher à Tolkien son traitement des Orcs, allant jusqu'à dénicher là du racisme (oui, les orcs n'existent pas vraiment, mais les auteurs n'ont pas le droit pour autant de les maltraiter...). La différence cependant, c'est qu'il n'y a encore pas si longtemps, ce genre de conneries n'étaient proférées que par quelques illuminés lorsqu'ils parvenaient à passer à la télévision ou dans les journaux (ou à sortir un livre en surfant sur le talent des autres).
De nos jours, avec le net, la donne a changé. Une fosse à purin s'est ouverte, débordant chaque jour un peu plus.

Attention, le net en soi n'est pas condamnable, il peut même être très utile selon l'utilisation que l'on en fait. Il s'agit d'un "tuyau", au même titre que la télévision ou le téléphone, dans lequel l'on fait passer ce que l'on veut. Malheureusement, la mode des "réseaux sociaux" (et de leurs emportements de meutes) a non seulement excité les vocations de grands courageux qui n'ont des couilles que derrière un écran (et rasent les murs dans la vraie vie) mais, pire encore, a également réussi à influencer la télévision, medium de masse par excellence, qui ne jure plus que par eux et par des "buzz" aussi pathétiques que vains.

Ainsi, le jugement anonyme de la masse a donc un poids, aussi violent qu'exigeant. Les mécontents de tout bord pouvant s'unir au sein d'un égrégore numérique, ils pèsent, crachent, jugent et menacent, rendant des sentences courtes et acides, influant sur les crayons et les claviers, les caméras et les instruments de musique. 

Pourtant, n'est-ce pas aussi le rôle de l'artiste de choquer ? De faire naître une émotion, même violente ? 
Et n'est-ce pas là une liberté essentielle que celle de l'auteur ? La frilosité n'est jamais bien loin de la censure, et avec la censure viennent des dogmes qui n'ont de valeur que pour ceux qui y croient. Des dogmes qui, si on les laisse perdurer, nécessiteront une lutte de plus pour les briser et récupérer quelques fragments de liberté. 
Attention là encore, cela ne veut pas dire que l'on ne peut pas avoir d'avis à titre individuel, ni condamner des fictions qui semblent choquantes pour une raison ou une autre, juste que ce droit au commentaire, même vif, n'a que peu de rapport avec les exigences d'un groupe enivré par le poids très temporaire qu'il pense avoir et par le confort de l'anonymat.  

Le respect des convictions, de la femme, des races, que sais-je encore, ne passe pas par le musellement de l'expression artistique et des Conteurs. Au contraire, plus l'on peut dire de choses, moins les réactions sont épidermiques, plus la société, habituée au maelström des idées, peut les digérer, les peser, les manipuler sans en faire des idéaux. 
Je vais prendre un exemple personnel pour illustrer mon propos : l'avortement. Je n'arrive pas à avoir une opinion sur ce sujet, non parce qu'il ne m'intéresse pas, mais parce qu'il me semble insoluble. Avorter, c'est supprimer une vie en devenir, quoi que l'on puisse en dire, donc ça pose un réel problème moral. Mais avorter, c'est aussi le droit indiscutable des femmes à disposer de leur corps. Chez moi, cela aboutit à une aporie fondamentale. Moralement, je ne peux trancher ce dilemme, car quelle que soit la décision prise, elle ne me satisfait pas et va à l'encontre de ce que je pense être juste. 

Quel rapport me direz-vous ? Eh bien, je crois qu'il est bon parfois de ne pas pouvoir faire de choix, d'être dans le relatif et non l'absolu. Pas pour tout, il est naturel d'avoir des convictions, mais avoir un avis tranché sur tout me semble dangereux. S'il n'y a plus de place pour le doute, la remise en question, l'avis d'autrui, qu'est-ce donc que ce monde d'évidences imposées ?  Une cage idéologique ?
Et pour admettre une opinion contraire, ou un dessin "choquant", il faut admettre aussi que l'on n'a pas tout résolu, que même en nous se battent des principes contraires. 

Je ne jette pas la pierre à Albuquerque, il a pu être dépassé par son dessin, vouloir apaiser les choses, ce pas en arrière part peut-être d'un bon sentiment, mais je suis plus sévère sur son éditeur et son manque de soutien, voire sur les auteurs en général, dont le manque de réaction me navre.
Quant à la masse... elle est égale à elle-même, dangereuse et inepte. 
Lorsque l'individu se perd au sein du nombre, le raisonnement est occulté par l'émotion. 
Et qui voudrait d'un monde régit par les lames de fond émotionnelles de quelques inconnus rassemblés dans la célébration de leur indignation passagère ? 

Pouvoir être indigné par un dessin est une chance.
Pouvoir en interdire ou faire échouer la publication est un désastre. 
Dans bien des sociétés, anciennes ou actuelles, l'indignation doit se taire, ou peut être punie sévèrement. L'exprimer est un droit précieux.
Mais aller jusqu'à l'interdiction, pour un dessin, un mot, une scène, c'est déjà admettre que l'on croit en des choses si fragiles qu'elles ne supportent pas de côtoyer de simples fictions ou un peu d'encre sur du papier.

Les auteurs, les artisans, n'ont rien perdu de leur pouvoir. Ils affolent les cons, ils brisent la tranquillité, ils sondent tous les possibles. En écrivant et en dessinant. Ce n'est pas forcément sans "violence", mais ça ne fait pas couler de sang. En cela, la violence artistique sera toujours supérieure et préférable aux autodafés et à l'écriture sous tutelle.
Quant au dessin d'Albuquerque, il est bien mal interprété je trouve. Car, chez moi, il n'évoque pas l'apologie d'un crime ou la mise en avant d'un connard, mais permet l'empathie immédiate avec une Barbara qui nous supplie du regard et nous fait ressentir sa détresse. Ce dessin donne envie de la sauver, pas de ricaner avec le Joker. Si certains éprouvent autre chose, il semble difficile d'en vouloir à l'artiste. La masse ne réglera pas ses déviances en se défoulant sur des cibles trop fragiles pour lui dire d'aller se faire mettre.




07 avril 2015

Chroniques des Classiques : Le Maître du Haut Château

Après 1984 et Sa Majesté des Mouches, c'est à la découverte d'un classique de la science-fiction que nous vous convions aujourd'hui avec Le Maître du Haut Château, un ouvrage coup de poing d'une virtuosité stupéfiante. 

Datant de 1962, auréolé du prestigieux prix Hugo du meilleur roman (amplement mérité), The Man in the High Castle de Philip K. Dick est non seulement une élégante uchronie mais aussi une passionnante réflexion sur la réalité et notre manière de la percevoir.

Le récit débute dans un monde où les alliés ont perdu la deuxième guerre mondiale. Reich allemand et Japon impérial règnent sur le monde. Les Etats-Unis sont divisés en trois zones, une sous domination nazie à l'Est, une zone centrale plus ou moins neutre mais affaiblie, et enfin les états de l'Ouest, sous influence nippone.

Le monde décrit est très riche. Les puissances totalitaires ont accompli ou sont en train d'accomplir des projets ahurissants, notamment l'Allemagne. Les nazis ont commencé la conquête spatiale en se rendant sur la Lune et Mars, ils ont asséché la Méditerranée pour en faire des terres cultivables, et se rendent coupables d'un nouveau génocide à l'échelle continentale en Afrique.
En comparaison, les zones d'influence japonaises paraissent plus civilisées. Les libertés y sont plus grandes et la population américaine commence à se relever économiquement.

Le roman suit plusieurs personnages, dont un marchand d'objets historiques anciens, un agent secret se faisant passer pour un industriel suédois ou encore un ouvrier juif réfugié dans les états américains du Pacifique. Tous sont au centre d'une intrigue croisée qui se base sur un nouveau projet fou des nazis et la possibilité d'y faire échec, mais aussi d'intéressants ouvrages qui ont une importance cruciale dans l'histoire.
Le premier est le Yi King, ou Livre des Transformations, un ouvrage réel (même dans notre univers) qui sert d'oracle aux personnages. Le second est Le poids de la Sauterelle, un roman uchronique, écrit par Abendsen, un romancier qui décrit un monde imaginaire dans lequel les alliés auraient remporté la victoire.

Bien qu'il y ait un certain suspense et même de l'action, le roman de Dick s'attache surtout à apporter une réflexion habile sur la réalité au travers de nombreuses thématiques. La mise en abyme de l'uchronie n'est pas la seule manière d'aborder le sujet. Ainsi, certains vont s'interroger sur la manière absolue qu'ont les nazis de considérer le monde, sans rapport à l'humain. D'autres vont faire un intéressant parallèle sur la valeur et le poids historique relatif de certains objets de collection. 

D'une manière générale, la transformation est au centre du roman. La réalité ne peut être définie car elle est changeante, que ce soit au cœur du Reich, avec la lutte intestine qui suit la mort de Bormann ; par le biais du Livre des Transformations ; lorsque Juliana découvre le vrai visage de son nouveau petit ami ; ou encore lorsque Childan, l'antiquaire, éprouve des sentiments très contradictoires et violents à l'égard des Japonais. 
Ce même Childan souffre d'ailleurs de cette réalité changeante et capricieuse, qu'il tente de déchiffrer sur les visages, dans les inflexions de voix ou les attitudes de ses interlocuteurs. Même les objets peuvent passer presque instantanément du statut d'œuvre d'art véritable et onéreuse à celui de babiole futile. 

Le final peut véritablement donner une sensation de vertige, lorsque le lecteur est amené à s'interroger sur la vérité de la "fiction" dépeinte dans Le Poids de la Sauterelle. Là où Dick s'avère particulièrement ingénieux, c'est justement en faisant de l'uchronie au sein de l'uchronie une réalité qui ressemble à la nôtre mais n'est pas tout à fait identique. Ces petits détails entrent en résonance avec ce que nous savons de notre propre monde et contribuent à le fissurer, à en amoindrir le poids, à le rendre plus intangible et incertain. 
Enfin, l'utilisation de la culture et de la philosophie asiatique, parfois si opaques pour un esprit occidental, permet là aussi de nous embarquer sur des rives exotiques [1] qui font écho à la thématique du livre.  

S'il est une uchronie dont la lecture semble indispensable, c'est bien celle-ci [2]. Non seulement parce qu'elle est ambitieuse et dépeint un monde suffisamment réaliste pour être effrayant, mais aussi parce qu'elle fait partie de ces rares histoires qui constituent des chocs métaphysiques et peuvent changer notre vision du monde.
Notre propension à tenir pour acquis ce qui n'est finalement qu'une transition est ici sérieusement interrogée. Dick, sans heurts, nous pousse dans une spirale dont l'on ne peut plus s'extraire et qui dévoile à nos yeux la supercherie fondamentale de la réalité et les couches de certitude que l'on superpose devant nos yeux pour s'en prévenir.

La vérité est là, abjecte, crue, douloureuse, faite de ce Yin et ce Yang entremêlés, s'effondrant et renaissant, prenant l'un et l'autre naissance dans leur contraire, résumant tout, contenant tous les possibles quantiques, de notre univers en route vers sa fin, froide et sombre, à sa renaissance dans une explosion lumineuse engendrant les amas de galaxies, les brins d'herbe, l'Épée et la Plume, les baisers les plus sucrés et... des absolus qui tueront, encore et encore. 

Divertissant et profondément intelligent. Intemporel. 
Un monument de la Pop Culture dans ce qu'elle a de plus excitant.




[1] Il est fait très souvent référence au Tao chinois, ce qui correspond au Do japonais, ou "Voie" en français. Un concept relativement complexe à saisir et qui de nos jours est de plus en plus rarement abordé, même dans le domaine des arts martiaux traditionnels, censés pourtant amener au satori, ou éveil (au sens spirituel). 
[2] L'on pourrait également conseiller le Fatherland de Robert Harris qui, bien que prenant le même point de départ historique, est très différent dans son approche et constitue plus en réalité un polar. Ce dernier se déroule dans les années 60 et est basé sur le fait que les atrocités nazies ne sont, contrairement à celles du Maître du Haut Château, pas connues du peuple allemand et du reste du monde.